L'origine du domaine de la Pannonie remonte au milieu du XIIIe siècle,
lorsque les premières mentions de cette
"grange" cistercienne sont apparues dans les archives. Il s'agissait
alors non pas d'un prieuré ou encore moins d'un
château
"privé", mais d'un vaste domaine à vocation
agricole, directement placé sous l'autorité et la
responsabilité des cisterciens, et dépendant de
l'abbaye d'Obazine (Corrèze). Il s'étendait sur
le
village déserté de Saint-Cyr, voisin de la
baronnie de
Gramat, et il
participait à l'infrastructure hospitalière et
agricole du célèbre pèlerinage de
Rocamadour.
Après la guerre de Cent Ans, les
périodes de famine ou d'épidémies, et
la ruine ou l'abandon de ces granges, l'abbé d'Obazine les
loua, les arrenta selon le terme en usage, à de riches
familles de la région qui y bâtissèrent
des repaires. Ce fut le cas de Bonnecoste par exemple, et surtout de la
Pannonie qui fut choisie par les Lagrange, riches marchands de
Rocamadour. Ce sont eux qui firent édifier le
premier château dès la fin du XVe siècle
ou au début du XVIe siècle.
En forme de "U", leur "repaire", aux
fenêtres à croisée de pierre et aux
solides murailles, a ensuite subi de nombreux remaniements. Le seul
vestige visible actuellement est son aile orientale dite "des
cuisines". Voûtées, elles disposent notamment
d'une grande
cheminée du XVe siècle,
présentée lors de la visite du château.

Fortifié avant les guerres de religions, ce premier château ne fut ensuite remanié qu'au XVIIIe siècle. Une grande métamor- phose introduisit alors la mode du temps, le souci de la lumière et tout le confort recherché par les élites aristocratiques de l'époque. Les Vidal de Lapize, nouveaux propriétaires depuis 1685, décidèrent dans les années 1730 de transformer leur demeure en faisant construire au sud une aile majestueuse de style classique.

C'est à Jean Vidal de Lapize que nous devons le "nouveau" château de la Pannonie, seul exemple en Quercy de ce type d'architecture "parisienne".
L'extérieur
si régulier et imposant,
avec un fronton triangulaire
surplombant l'avant-corps
légèrement saillant, contraste avec des
salons
soignés à la décoration typiquement
rocaille. De
superbes gypseries y ont été
sculptées, et chacune
des pièces dispose d'une cheminée unique
réalisée en marbre de
Saint-Céré. En outre,
après 1780, le fameux salon
dit "de Saint-Sulpice", entièrement
décoré de peintures du XVIIe siècle
et provenant de ce château des bords du
Célé, constitua une nouvelle pièce au
cadre
volontiers intimiste et romantique.
Lorsqu'éclata
la Révolution, Antoine de
Lapize et
ses fils émigrèrent. Ses domaines furent
donc confisqués
comme "biens
nationaux", et ses filles furent conduites en prison à
Cahors.
Quant
à leur jeune frère, il resta caché
chez des
fermiers durant toute cette période troublée.
À
leur
libération, les deux sœurs furent
obligées de
racheter
le château pour pouvoir s'y réinstaller et y
vivre.
Surnommées depuis lors les "tantes de la Pannonie", elles se
dévouèrent ensuite entièrement
à leur
"maison" qui, sans leur courage et leur dévouement, aurait
été définitivement perdue.
Des travaux furent réalisés à la fin du XIXe siècle par Charles Vidal de Lapize, maire de Couzou, et dernier du nom. En plus de l'agrandissement de la petite église de la Pannonie, qui dispose ainsi d'un nouveau chœur plus élevé, il fit restaurer les ardoises des toitures. Dans le parc, les arbres du précédent quadrilatère "à la française" ont été arrachés pour laisser place à une vaste surface "à l'anglaise". Ses invités pouvaient de la sorte passer la nouvelle grille, avant d'être accueillis à l'entrée du château, face au parc. Le maître des lieux pouvaient ensuite leur faire découvrir ses nouveaux aménagements intérieurs, depuis le hall et jusqu'au grand salon à la décoration typiquement "Napoléon III".
La fille aînée de Charles, en
épousant en 1886
le baron Félix de Saint-Vincent, fit
passer le domaine dans
cette famille. Châtelaines de la Pannonie, ces deux
petites-filles maintiennent toujours, avec courage et amour, ce bien
lourd héritage. Depuis le classement du château au
titre
des Monuments Historiques, en 1992, elles entreprirent de nombreux
travaux d'entretien et de restauration. Grâce à
elles, ce
fleuron de l'architecture classique en Quercy a
été
ouvert au public lors des Journées du Patrimoine. Et depuis
2005, visiteurs d'un jour ou passionnés revenant
régulièrement peuvent profiter des visites
estivales.